LES EXPROPRIATIONS

Expropriations années 1950

 

Si les inondations de 1940 ont laissé les paysans de nos hautes vallées dans le plus grand désespoir, l'Etat en l'occurence les Eaux et Forêts se devait de repenser l'économie de nos montagnes pour un avenir nouveau.

 

L’étude du 5 octobre 1946 met l'accent sur les "destructions des prairies de fonds de vallées et de leurs canaux d'arrosage ... le ravinement des terres de culture et l'érosion des pâtures de montagne ..."

 

L’étude du 21 octobre 1946* montre que l’agriculture des hautes vallées « se pratique toujours selon les anciens rites : le labour à l’araire quand ce n’est pas piochage, moissons à la faucille, battage au fléau ».le rapport précise encore que « la plupart des métayers n’utilisent pas le purin de leurs étables et sont réfractaires à l’emploi de tout engrais chimique.»

 

Ainsi donc, considérant que nos agriculteurs s’opposent « à toute idée nouvelle », l’Etat se devait de proposer « une restructuration des pasquiers  de haute montagne en les regazonnant, boiser les pentes, amélioration des races bovines. »  Toute cette philosophie étant de fixer la population rurale « pour qu’un coin de France ne meure pas faute d’âmes. »

 

Jusqu’en 1953 les études se succèdent et entrent dans le concret en fixant en particulier les zones à reboiser, les routes à créer  et les expropriations programmées.

 

L’ordonnance d’expropriation du 3 août 1950, propose pour chaque propriétaire concerné, une offre de rachat pour chaque contenance. D’une façon générale les propriétaires ont fini par accepter  les propositions faites. Très rares ont été les contestataires faisant appel à la justice, appuyés par avocats.

 

Le  drame a surtout été  vécu par les quelques propriétaires vivant encore sur leurs terres depuis des siècles, mais surtout  par la foule des métayers  définitivement expulsés, dans l’indifférence  la plus totale. Pour ces derniers le rapport précise que ce n’était que des espagnols !!

Pour ne pas employer le mot expulsion, le document du 5 octobre1946 préfère parler  d’un « déplacement du lieu » !

 

Nous pensons toujours avec émotion à Monsieur J. Boher, propriétaire de cal Picotos, dont la famille était déjà fixée là depuis le XIII°siècle, devenu alors le pauvre berger d’un riche propriétaire de Montferrer. Et aussi à Monsieur Joseph Deltrull de Can Pitot (vallée de la Parcigola). Refusant l’expropriation et attendant, fusil en main, les fonctionnaires tenus de venir un jour l’expulser ! Le rapport du 21 octobre1946 précise, par prudence,  « nous envisageons de laisser  M Deltrull jusqu’à sa mort dans sa propriété. » Ce qui fut chose faite.

 

En ce qui concerne l’ermitage de St Guillem, l’Inspecteur des Eaux et Forêts du moment , Monsieur Michel , fervent catholique, fit valoir à son administration que l’on ne pouvait pas exproprier ce lieu de pèlerinages ; il resta donc propriété de la famille Sors i Llau (page d’histoire n° 2). 

*Archives Départementales

série1301/w/5-36-38-136.                                         

 

Henri Loreto

Huitième Page d'histoire n°8

mai 2016