JACINT VERDAGUER

   JACINT  VERDAGUER  à  SANT GUILLEM

 

Notre grand poète catalan fit un premier séjour en Catalogne nord en 1873. Il devait y revenir bien souvent, appréciant nos montagnes et la solide amitiés d'érudits bien connus en Vallespir, en particulier Père Puiggari et Carles Bosch de la Trinxeria.

 

Les séjours à la Preste (étés 1879 et 1880) furent déterminant pour l'oeuvre à venir et c'est notre ami et membre de notre association Serge Roca qui devait retracer avec précision les étapes de ce séjour, conduisant Jacint Verdaguer à la recherche de notre passé, en récoltant traditions, légendes et chants auprès des populations locales.

 

Il précise même "...j'ai entendu les paysans et les bergers parler de fées ...". C'est une véritable enquête ethnologique avant l'heure ! Mais c'est surtout matière première de l'oeuvre poétique à venir "CANIGO", dédiée aux "Catalans de França".

 

Les douze chants de cette épopée content la légende pyrénéenne du temps de la Reconquête. Nous suivons les aventures du Comte Tallaferro qui va « comme le vent » à la poursuite des maures, accompagné des ses hommes «  tous robustes, frères des chênes et des sapins ».

 

Au chant V, voici notre héros accueilli dans notre chapelle par Saint Guillem lui-même. « Comte Tallaferro, ne vous arrêtez pas : les sarrasins  saccagent déjà  Elne et Céret ! Mais voici l’épée trempée, elle renferme les reliques de Sant Jordi dans son pommeau… prenez-la, ne vous arrêtez pas ! » Le comte ne s’arrête pas, il laisse là le bon vieux qui se met à sonner  un tocsin solennel. La cloche qu’il actionne ne vaut pas grand-chose, elle n’est ni de cuivre ni de bronze, ni d’or ni d’argent, simplement du meilleur fer des mines du lieu ; on n’y voit pas de traces de coups de marteau, non, seulement celles des doigts du pénitent. »

 

Suit alors l’épisode de Guillem pétrissant la fonte à même la fournaise.

N’en doutons pas, Jacint Verdaguer a eu notre cloche en main, car depuis peu (1876), une cloche en bronze venait de la remplacer au clocheton.

 

A l’adresse du Saint, voici en écho la strophe des goigs relative à la cloche (goigs : joies à l’adresse d’un saint).

 

 

Fereu ab las propries mans,

Mentre bullia lo ferro,

La campana, que es testerro,

De neula, pedra i llamps,

Vergonya dels artesans,

I gloria d’eix lloc sagrat.

Siau nostre llum i guia,

Sant Guillem nostre advocat.

Vous avez fait  de vos propres mains,

Alors que bouillait le fer,

La cloche qui bannit,

La brume, la grêle et les éclairs,

Honte des artisans,

Et gloire de ce lieu sacré.

Soyez notre lumière et notre guide,

Saint Guillem notre avocat.

 

Henri Loreto

Cinquième page d'histoire